Catégorie : Capoeira

Histoire, culture et pratique de la capoeira.

  • Le Batizado et la Troca de Cordão

    Le batizado (baptême) est la cérémonie au cours de laquelle le capoeiriste reçoit sa première corde — et son nom de capoeira. La troca de cordão désigne, elle, le passage à un grade supérieur. C’est une grande fête rythmée par les démonstrations (maculelê, danses, spectacles), les séminaires et les rodas, où convivialité, énergie et respect sont au rendez-vous.

    Contrairement aux arts martiaux comme le judo, le passage de grade ne dépend pas de la maîtrise de telle ou telle technique : il prend en compte la progression, l’assiduité, l’apprentissage de la musique et du chant, la motivation et la présence aux stages et spectacles. Pour l’obtenir, l’élève joue avec les Mestres, Contra-Mestres et Professores présents pour l’événement.

    L’apelido, le nom de capoeira

    Lors du batizado, le débutant reçoit un surnom (apelido ou nome de guerra). La tradition remonte à l’époque où la capoeira était réprimée : les joueurs se servaient de ce surnom pour ne pas être reconnus de la police. Il marque l’entrée dans le monde de la capoeira.

  • La Roda, le cœur du jeu

    La roda (la « ronde ») est la principale caractéristique de la capoeira : le cercle que forment les capoeiristes lors des affrontements appelés « jeux ». Elle met en scène tous les aspects de l’art — le martial avec les coups, l’artistique avec les acrobaties, les chants et les instruments. Cette ronde crée, par ses rythmes brésiliens, une ambiance festive qui « donne de l’énergie » aux deux joueurs au centre.

    C’est le joueur qui tient le berimbau gunga (le son le plus grave) qui contrôle la roda : il décide du rythme, donc du type de jeu, et du début comme de la fin. Les instruments entrent dans un ordre précis — le berimbau central d’abord, puis les deux autres, l’atabaque, le pandeiro et enfin l’agogô. Un capoeiriste lance alors le chant et toute la ronde reprend les refrains en chœur.

    Les chants ne sont jamais anodins : ils racontent une histoire, mettent en avant des valeurs ou des caractéristiques de jeu que les joueurs cherchent à reproduire — la malice (mandinga), les acrobaties, les mouvements d’animaux. Un bon capoeiriste sait interpréter le rythme et les chants pour adapter son jeu.

    Le rituel d’ouverture

    Deux joueurs s’accroupissent au pied du berimbau central et attendent. Ce n’est qu’au premier refrain chanté par la roda qu’ils peuvent commencer à « jouer ». À la fin, personne ne gagne ni ne perd : on se serre la main et l’on s’arrête là.

  • Histoire de la Capoeira

    Née dans la clandestinité, la capoeira n’a laissé presque aucun document sur sa genèse. La version la plus communément admise est qu’elle est inextricablement afro-brésilienne : pendant l’esclavage, dès le XVIᵉ siècle, les Portugais mélangèrent différentes tribus africaines pour limiter les révoltes. De ce regroupement hétéroclite serait née la première forme de capoeira, association de luttes et de traditions africaines dans le contexte colonial du Brésil.

    Elle exprimait une forme de rébellion contre la société esclavagiste : les premiers capoeiristes cachaient leur art sous l’apparence d’un jeu. Quand les maîtres approchaient, le combat se transformait promptement en danse, déguisé par la musique et les chants. La capoeira fut aussi pratiquée dans les quilombos, refuges d’esclaves en fuite — le plus célèbre, Palmares, résista plus d’un siècle et donna à la résistance sa figure légendaire, Zumbi dos Palmares.

    Mal vue par les autorités, elle fut interdite dès 1890. Il faudra attendre le XXᵉ siècle pour qu’elle sorte de la clandestinité et devienne aujourd’hui l’une des activités les plus pratiquées du Brésil. La Capoeira a été inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO en 2014.

    La Capoeira Regional

    Dans les années 1930, Manuel dos Reis Machado — Mestre Bimba — fonde à Salvador de Bahia la première école de capoeira et crée le style dit « Regional ». Il y intègre des éléments de batuque et d’autres arts martiaux, codifie l’enseignement (les fameuses séquences) et travaille à dissocier la capoeira du banditisme. En 1952, une démonstration devant le président Getúlio Vargas contribuera à la faire reconnaître comme un véritable sport national.

    La Capoeira Angola

    À contre-pied, Vicente Ferreira Pastinha — Mestre Pastinha — incarne le courant qui souhaite préserver la capoeira traditionnelle : la « Capoeira Angola », plus lente, rusée et théâtrale, fidèle aux racines africaines. Longtemps éclipsée par la Regional, elle connaît depuis les années 1970 une véritable renaissance, portée notamment par sa diffusion hors du Brésil.

    Deux styles, une même racine

    Angola (Mestre Pastinha) : jeu lent, bas, rusé, ancré dans la tradition.
    Regional (Mestre Bimba) : jeu rapide, debout, athlétique et codifié. Le GECB enseigne la Capoeira Regional Contemporânea.